L’individuation
Origine : Gilbert Simondon
Définition
L’individuation désigne chez Simondon le processus par lequel un individu se constitue, non pas comme une entité donnée d’avance, mais comme le résultat d’une relation dynamique et permanente avec son milieu. L’individu n’est jamais achevé : il est toujours en train de s’individuer, en tension entre ce qu’il est et ce qu’il devient au contact de son environnement technique, social, symbolique.
Appliquée à la technique, l’individuation suppose que les objets techniques ne sont pas de simples outils neutres : ils participent au processus par lequel l’individu se constitue. Une rétention tertiaire (un livre, une base de données, un outil numérique) peut favoriser l’individuation si elle oblige l’utilisateur à s’approprier activement ce qu’elle contient, ou la contrarier si elle court-circuite cette appropriation.
Dans mes écrits
L’individuation est la question qui sous-tend toutes mes réflexions sur l’IA générative : dans quelle mesure l’usage de l’IAG favorise-t-elle ou empêche-t-elle le processus par lequel un individu se constitue comme tel ? Un utilisateur qui délègue son raisonnement à une machine s’individue-t-il encore comme juriste ? Ou se contente-t-il de valider les résultats d’un processus qui ne passe plus par lui ?
C’est pourquoi les pratiques que je décris (grammatiser, observer, rester auteur) sont des pratiques d’individuation autant que de résistance à la prolétarisation. Elles maintiennent ouverte la relation active entre l’individu et son milieu technique, au lieu de la laisser se refermer en une simple délégation.
Articles où ce terme est mobilisé
- Phénoménologie d’une pratique avec l’IAG (2026)
- Savoir sans faire. Faire sans savoir.
- Grammatiser et observer.