La myopie technologique
Origine : Richard Susskind, réinterprété et élargi
Définition
La myopie technologique désigne la situation où l’on projette les défauts d’une technologie sans intégrer les facteurs de correction futurs, qu’ils soient techniques ou politiques. Elle peut prendre deux formes opposées :
La myopie pessimiste : on estime que les défauts actuels d’une technologie ne seront pas corrigés, et on condamne l’outil au nom de ses imperfections présentes. C’est une posture technophobe qui ignore la capacité d’évolution des systèmes techniques.
La myopie optimiste : on estime que l’ensemble des défauts seront corrigés dans le futur, et on adopte l’outil sans réserve. C’est une posture technophile qui ignore les risques structurels qui ne disparaîtront pas avec les seules améliorations techniques.
Dans mes écrits
Je réinterprète ce concept dans un sens plus large que Susskind. La myopie n’est pas seulement une erreur d’évaluation technique ponctuelle, c’est une posture cognitive qui empêche de penser la transformation en cours dans sa complexité et sa durée.
La myopie pessimiste conduit à refuser l’outil au prétexte de ses imperfections actuelles (les hallucinations des LLMs, par exemple) sans voir que ces limites sont en partie conjoncturelles et que les usages évoluent. La myopie optimiste conduit à ignorer les effets de dépossession et de prolétarisation cognitive qui ne seront pas résolus par des améliorations techniques.
Le pharmakon est précisément ce qui permet de dépasser les deux formes de myopie : en reconnaissant l’ambivalence constitutive de la technique, on évite de la figer dans une évaluation définitive (positive ou négative) et on maintient ouverte la question des conditions d’usage.