Le pharmakon
Origine : Platon (Phèdre), via Derrida et Bernard Stiegler
Définition
Pharmakon est un mot grec signifiant à la fois le remède et le poison. Dans le Phèdre, Socrate relate le mythe égyptien de l’invention de l’écriture : le dieu Theuth la présente comme un remède pour la mémoire, mais Thamous, le roi des dieux égyptiens, lui répond qu’elle est un poison, parce qu’elle dispense de l’effort de mémorisation et substitue un semblant de savoir à un savoir réel. L’écriture n’est ni bonne ni mauvaise en elle-même : elle est les deux simultanément et indissociablement.
Derrida puis Stiegler reprennent et généralisent ce concept : toute technique est constitutivement ambivalente. Elle ne peut être ni condamnée en bloc ni adoptée sans examen. Elle produit toujours, en même temps, des effets contraires dont le dosage dépend des conditions d’usage, du milieu dans lequel elle s’insère, et des choix collectifs qui orientent son déploiement.
Dans mes écrits
Le pharmakon est la pierre angulaire de ma lecture de l’IA générative. L’IAG est un pharmakon des temps modernes : elle libère du temps cognitif tout en menaçant la formation du savoir, elle augmente la vitesse d’accès à l’information tout en réduisant la nécessité d’activer ses propres rétentions. Elle promet l’augmentation des capacités tout en opérant une dépossession progressive des savoir-faire.
Cette ambivalence interdit toute position binaire. Ni la technophilie (qui ignore le poison) ni la technophobie (qui refuse le remède) ne permettent de penser correctement ce qui se passe. Le pharmakon exige une pharmacologie permanente : une attention critique aux conditions dans lesquelles l’outil devient remède plutôt que poison, et une vigilance sur ce que l’on délègue et ce que l’on conserve.
C’est aussi pourquoi les “pratiques thérapeutiques” que je décris sont des réponses au pharmakon, non des remèdes définitifs.
Articles où ce terme est mobilisé
- L’IA est une transformation
- Éthique et conformité. Au delà de la hype.
- Savoir sans faire. Faire sans savoir.
- Grammatiser et observer.
- Phénoménologie d’une pratique avec l’IAG (2026)