La prolétarisation volontaire
Origine : Usage détourné du concept stieglerien de prolétarisation
Définition
La prolétarisation volontaire désigne le mouvement conscient par lequel on externalise délibérément une partie de son savoir-faire dans un système technique, en l’acceptant comme condition d’une autre forme d’efficacité ou de pratique. Elle s’oppose terme à terme à la prolétarisation subie, où la dépossession advient sans être perçue ni choisie.
La distinction n’est pas seulement morale ou psychologique. Dans la prolétarisation subie, l’individu perd le contrôle sur ce qu’il délègue et sur les conditions de cette délégation. Dans la prolétarisation volontaire, il conserve la maîtrise des critères, de la structure, et du périmètre de la délégation.
Dans mes écrits
Cette notion émerge de ma propre pratique. La création de skills constitue une forme de prolétarisation volontaire au sens stieglerien : j’accepte de grammatiser une partie de mon savoir-faire juridique pour le rendre actionnable d’une autre manière. J’externalise volontairement des schémas argumentatifs, des structures de raisonnement, des critères d’analyse.
Mais cette externalisation est délibérée et j’essaie de la maîtriser: je décide ce qui entre dans le skill, selon quels critères, avec quelles limites. Je conserve la capacité de le modifier, de le contredire, de l’affiner. C’est en ce sens que la prolétarisation est volontaire, non pas que la dépossession soit inexistante, mais qu’elle est choisie et réversible.
La prolétarisation volontaire délimite l’espace de résistance possible entre deux extrêmes : la prolétarisation subie totale (tout déléguer sans le voir) et le refus de toute délégation (position intenable dans un milieu professionnel transformé).