Les rétentions (primaires, secondaires, tertiaires)
Origine : Edmund Husserl (rétentions primaires et secondaires), & Bernard Stiegler (rétentions tertiaires)
Définition
Stiegler emprunte à Husserl le concept de rétention et l’articule en trois niveaux.
La rétention primaire est la mémoire immédiate, ce que la conscience retient dans le flux perceptif présent : la note musicale tout juste passée qui donne son sens à la note actuelle. Sans elle, aucune perception cohérente n’est possible.
La rétention secondaire est le souvenir, la mémoire constituée par l’expérience et l’apprentissage. Elle est personnelle, singulière, et disparaît avec l’individu. C’est elle qui détermine quelles rétentions primaires nous sélectionnons et comment nous les interprétons.
La rétention tertiaire est la mémoire externalisée dans les objets techniques : l’écriture, le livre, l’enregistrement, la base de données. Elle survit à l’individu et permet une transmission intergénérationnelle indépendante des corps. Les rétentions tertiaires constituent le milieu dans lequel nos rétentions secondaires opèrent une sélection de nos rétentions primaires.
Dans mes écrits
Les LLMs se situent dans la catégorie des rétentions tertiaires, mais avec une particularité qui mérite une réflexion approfondie. Contrairement au livre ou à la base de données (supports inertes que l’individu doit mobiliser activement), les LLMs produisent de l’information de manière générative. L’utilisateur ne doit pas activer ses rétentions secondaires et primaires de la même manière pour y accéder : la machine produit directement une réponse formée, structurée, apparemment raisonnée.