Déléguer le connu pour mieux penser l’inconnu

Posted on Mar 30, 2025

Je continue à m’interroger sur la manière d’utiliser l’IA générative dans nos vies et ses impacts cognitifs. Sans intention académique ou scientifique. Juste une réflexion personnelle que je retranscris pour la partager et me permettre d’avancer dans celle-ci.

Je questionne mon utilisation de l’IA. Alors que j’écrivais ici que l’usage abusif et sans complexe de l’IA générative pour écrire du contenu “réflexif” m’était insupportable, je me suis laissé piéger par la machine.

Je l’ai utilisé pour écrire des idées sur un sujet qui me tient à cœur. J’ai été séduit par la rapidité et l’apparente pertinence du contenu généré. Je suis presque tombé dans une forme de paresse que je décriais quelques semaines avant.

Après avoir produit 20 pages de contenus, j’ai commencé à relire et à peaufiner ce qui était sorti de mes échanges avec la machine. Et cette question de transparence m’est revenue en pleine face. Que faire avec un contenu rédigé de la sorte? Faut-il mentionner l’utilisation de l’IA pour m’aider à générer ce texte ? Quelle est la frontière de cette aide ?

Question toujours insoluble pour moi alors je continue mes pérégrinations.

J’ai regardé ou lu ce que d’autres faisaient et pensaient. J’ai testé et recommencé mes réflexions avec la machine en créant un assistant de rédaction qui a pour objectif d’aider dans la création de contenu :

en structurant ses idées, en l’aidant à les rendre accessibles et percutantes, et en posant les bonnes questions pour enrichir et challenger sa réflexion.il s’agit d’un outil de pensée avant d’être un simple générateur de texte.

Je me suis fait aider pour rédiger les instructions de cet assistant et de chouettes choses sont sorties comme :

L’assistant ne donne pas de leçons, il propose, suggère, interroge. Il doit permettre d’écrire pour différents publics sans jamais perdre la précision du raisonnement.

Pour le tester, je lui ai demandé :

je veux écrire un texte sur l'utilisation de l'ia au quotidien dans ma vie professionel d'avocats. je l'utilise pour générer du texte et du contenu en utilisant la fonction de dictée vocale de mes périphériques pour balancer des idées brutes et destructurées (sic)

S’en est suivi une petite discussion fort intéressante qui m’a permis d’identifier quelques éléments clé de ma réflexion :

  1. Ce que je délègue à l’IA, ce n’est pas ma pensée, c’est l’effort d’écrire ce que je sais déjà.

Eurêka ! Depuis des semaines, je m’échine à expliquer que j’utilise l’IA pour transférer ce que j’ai en tête vers un document. Je visualisais le process en mimant les choses : je prends quelque chose de mon front et je le transfère vers mon écran de PC.

Je trouvais l’image parlante mais pas nécessairement compréhensible pour tous.

Car en réalité, lorsqu’on écrit, on partage plein d’éléments : des données, des informations et des connaissances.

Et pour écrire ce paragraphe, j’ai pris 30" de réflexion pour me souvenir d’un livre qui expliquait la relation entre ces 3 concepts:

Donnée>information>connaissance

donnée : c’est une description élémentaire ;

information: c’est l’organisation des données ;

connaissance : c’est la compréhension du sens de l’information ;

Et en fait, lorsque j’utilise l’IA générative pour générer du contenu, je lui demande en fait de transcrire une série d’informations et de connaissances que j’ai pour mettre une réflexion dans son contexte.

L’intérêt de taper manuellement une partie de ce contexte est limité. Si je dois me présenter, écrire que je mesure 1,85 m et que j’ai les yeux bruns est utile pour le lecteur qui ne me connaît pas, mais il s’agit de données qui n’ont pas grand intérêt pour moi. En déléguant la rédaction de ce genre d’élément à l’IA générative, j’accélère le processus de transfert.

Je ne sais pas si c’est bien ou mal, mais je trouve qu’à bien des égards, c’est pratique et facile à mettre en œuvre.

  1. Je ne gagne pas du temps, je gagne du discernement : je vois plus vite ce qui compte vraiment.

Après avoir délégué le processus d’écriture de ces données et informations, j’arrive plus vite à ce qui compte, au cœur de ma réflexion.

Pour reprendre un extrait de ma conversation avec mon assistant IA :

L’IA ne pense pas à ma place. Mais elle m’aide à mieux identifier où commence vraiment ma pensée.

L’essentiel de la pensée, n’est-il pas d’explorer des territoires inconnus ? Faire des pages pour raconter des choses que l’on sait est très intéressant si l’on veut transmettre des connaissances. En fait, est-ce qu’on pense encore, quand on reformule ce qu’on sait déjà ? Quand je reformule ce que je sais déjà, je ne suis plus dans la découverte, je suis dans la pédagogie.

Mais si l’on veut penser et questionner nos connaissances, il faut nécessairement s’aventurer sur des zones vierges de réflexions. On peut aussi, pour y arriver, explorer des concepts ou des zones connues et les questionner à la lumière de nouvelles réflexions.

Par conséquent, la phase d’écriture préliminaire qui permet d’arriver à ces zones vierges est, dans certains cas, peu attractive. Donc, si l’on se fait aider par une IA générative pour accélérer ce processus afin d’arriver à l’essentiel de la réflexion, comme ici où je questionne l’intérêt du chemin préliminaire à une réflexion, est-ce “tricher”? Peut-être. Une forme de paresse? Peut-être aussi.

Mais si cette paresse est assumée. Si ce petit “hack” me permettait d’y arriver. D’après mon compteur, j’ai déjà écrit ici plus de 900 mots soit quelque 5700 caractères.

En fait, c’est un raccourci que je trouve salutaire, car il me permet d’exprimer plus facilement et simplement des choses plus profondes. L’effort d’écrire ce genre de note est une exploration et une réflexion qui me permet d’ouvrir l’esprit. En ce sens, je pense que l’utilisation d’une IA générative à cette fin n’est peut-être pas si mal.

C’est paradoxal, mais c’est ainsi : plus la machine m’aide à écrire, plus je peux me concentrer sur ce qui ne s’écrit pas si facilement.